Ostensions, subventions... et guérisons

De  Mgr François KALIST, évêque de Limoges

Le Tribunal administratif de Limoges, garant du respect des Lois de la République française, a jugé illégales les subventions versées par les collectivités locales aux organisateurs des Ostensions de l'année 2009. Cette décision peut susciter quelque étonnement, voire quelque trouble dans nos consciences. Alors essayons de faire le point. Nous verrons plus clair pour aller de l'avant.

Au nom d'une certaine conception de la laïcité, quelques-uns ont estimé devoir saisir la Justice. Ils ont exercé leur droit. Les collectivités locales et les bénéficiaires des subventions ont eu aussi la possibilité de défendre leur position.
Au nom de la Loi de Séparation des Eglises et de l'Etat, le Tribunal a rendu son jugement. Il a estimé que les Ostensions, qui consistent à présenter les reliques des saints à la vénération des fidèles, même si beaucoup d'autres éléments se sont ajoutés au fil des siècles, relèvent essentiellement du culte catholique. Les sommes perçues à titre de subventions doivent donc être reversées.
Cette décision de Justice doit, en tant que telle, être respectée. Cependant, elle peut être ressentie avec amertume par les différents organisateurs des manifestations ostensionnaires (communes, confréries, comités, associations), sans compter les nombreux bénévoles, de toutes générations, conditions et convictions, qui n'ont pas compté leur peine. Des responsables politiques ont su percevoir positivement le rôle des Ostensions pour resserrer le lien social autour de valeurs communes, transmettre la culture, soutenir l'économie locale. Leur déception est à la mesure de leur générosité. Aujourd'hui, l'aide publique est annulée. Il appartient aux intéressés de décider s'ils feront appel de ce jugement. L'affaire suivra son cours.

V Le diocèse de Limoges n'est pas impliqué directement : dans le strict respect de la Loi, l'Association diocésaine n'a pas demandé, ni reçu, un centime, et c'est très bien ainsi. Le jugement du Tribunal administratif suscite néanmoins quelques réflexions.

 

Le phénomène ostensionnaire est complexe. L'expression religieuse profondément catholique du fait des origines, y croise des traditions populaires, des rites sociaux, des enjeux économiques et culturels. En privilégiant l'enracinement historique et Pétymologie de l'Ostension, la sentence du Tribunal réaffirme, en quelque sorte, sa spécificité de culte catholique. L'Eglise diocésaine est questionnée, par une voix extérieure et inattendue, sur la manière dont elle interprète et assume cet héritage. Il faudra qu'elle en réponde.

Puisque la voici créditée d'une forte capacité de rassemblement, elle prend déjà rendez-vous pour 2016. Mais il importe surtout, pour l'instant, que chacun de ses membres continue de se situer en fidélité à l'Evangile, et prenne en conscience, avec discernement, chacun selon les responsabilités qu'il exerce dans la société civile, le monde associatif ou la communauté chrétienne, les décisions qui conviennent, dans le souci premier du bien commun.

En France, la question du rapport entre la religion et la société est particulièrement sensible. Les distinctions convenues entre Eglise et Etat, confessionnel et laïc, privé et public, cultuel et culturel, ne trouvent pas toujours aisément leur application dans la vie quotidienne. Plutôt que d'aviver les tensions par de vaines polémiques, osons mener ensemble une réflexion intelligente, contribuant à inscrire de manière toujours plus exacte le catholicisme dans la société française.

Notre attachement public aux saints et aux saintes vénérés en Limousin sous-tend la décision du Tribunal administratif. Laissant de côté toute amertume, avançons dans un esprit vraiment « ostensionnaire », unissons notre prière à la prière des saints qui nous précèdent et qui nous ont conduits tout au long de l'année 2009. Nous connaissons par cœur les intentions qu'ils portent depuis des siècles. Demandons avec eux la réconciliation dans la paix de Dieu, la guérison de tout mal, physique et spirituel.

Publié dans UNESCO, Réflexions